Florès ...
Le bâtiment d’archives : boudé par le public ?

En plus de la grande spécificité du programme d’un bâtiment d’archives, liée au traitement puis au stockage des documents, le maître d’ouvrage, et le programmiste qui l’accompagne, sont aussi confrontés à un défi tout autre : comment rendre les archives attractives et séduisantes aux yeux du public ?

Le bâtiment d’archives déserté

Et aujourd’hui plus que jamais, cette problématique du manque d’intérêt pour les archives leur fait défaut. La fréquentation des salles de lecture et de consultation des collections est en baisse. Les causes en sont le vieillissement des usagers et la baisse d’attractivité des facultés d’histoire, mais surtout la numérisation croissante des documents. Plus besoin de se déplacer pour récupérer des informations sur ses ancêtres, on peut directement reconstituer son arbre généalogique depuis chez-soi, via son ordinateur, l’État Civil étant entièrement numérisé. Résultat : les archives sont désertées par le public.

Deux solutions

Face au constat de la baisse drastique du nombre d’usagers accueillis, les services d’archives ont deux options : soit acter sur le fait qu’ils ne sont plus ouverts au public, soit, à l’inverse, se repenser pour accueillir un public nouveau.

Fermeture au public

Dans le premier cas, l’implantation urbaine du bâtiment d’archives n’est plus justifiée, il pourrait tout à fait se trouver dans une zone artisanale ou commerciale en périphérie de la ville, comme nous en avions déjà parlé ici.

Les documents seraient ainsi valorisés et accessibles par internet, mais cela demande un travail conséquent de numérisation des collections et pose également question quant à la promotion des documents non numérisables.

Accueillir un public nouveau

L’autre choix offert aux services d’archives consiste en la redéfinition des missions et des services qu’ils proposent.

L’enjeu est d’attirer du public, et notamment les familles et les jeunes, peu habitués à fréquenter ces endroits, comme nous l’avions déjà évoqué ici. En plus des salles de lecture avec consultation gratuite des documents, les bâtiments d’archives présentent depuis longtemps d’autres fonctions valorisantes : expositions, ateliers, conférences, projections…

Des activités culturelles plus récentes favorisent également l’attractivité envers ce type de bâtiment, comme des cours de paléographie, des immersions en réalité virtuelle dans une collection, ou encore l’organisation d’un escape game, afin de se mettre un instant dans la peau d’un enquêteur et de glaner des indices à travers les archives.

Ces nouveaux usages apparaissent comme un moyen de palier à la disparition du public, tout en lui révélant un patrimoine d’archives couvrant plusieurs siècles.

Le micro-trottoir de Florès

L’attractivité du bâtiment d’archives passe également par son accessibilité dans la ville et sa qualité architecturale forte, afin de le rendre visible. Il devient un équipement urbain emblématique, à l’image des Archives départementales du Rhône, dans leur écrin doré. Il peut également adopter la silhouette d’un vaisseau spatial, comme pour les Archives départementales de l’Hérault. Cependant, l’édifice phare dans l’environnement urbain ne suffit pas à susciter l’intérêt des passants.

En effet, Florès est partie à la rencontre d’usagers potentiels des bâtiments d’archives et les a interrogés sur leurs connaissances quant à ces bâtiments. Notre micro-trottoir mené fin juin dans les rues de Lyon les a laissés… sans voix !

Ignorance et manque d’intérêt

En réalité, malgré les efforts auparavant cités pour créer de nouveaux usages, on constate l’ignorance des gens à l’égard des archives, et plus encore leur manque d’intérêt pour ces bâtiments.

À la question « Savez-vous ce qu’on peut faire aux archives départementales ou municipales ? », la seule réponse qui diffère du timide « non » consiste en « c’est vrai qu’on n’est pas très informé de ce qui se passe dans des archives ».

Et même si les gens réussissent globalement à énumérer les types de documents conservés aux archives, aucun n’a jamais mis les pieds dans un tel bâtiment… Pire, tous avouent ne pas en voir l’intérêt !

Reconsidérer l’atout séduction

« Les archives, ça parait être un truc dépassé, et même ennuyeux ». Devant cette évidente méconnaissance, les bâtiments d’archives doivent reconsidérer leur atout séduction auprès du public et réfléchir aux manières d’attirer toutes ces personnes. Pour les impliquer activement, l’idée peut être de les inviter à des ateliers créatifs au sujet des bâtiments d’archives, de manière à changer leurs représentations et à créer des missions nouvelles pour les archives de demain. On vous explique tout sur cette démarche ici !

Finalement, devant l’ignorance du public, les bâtiments d’archives doivent se réinventer. Ils peuvent notamment jouer sur les services, les évènements et la communication proposés, pour dépoussiérer leur apparence. Dans le but de faire des archives un lieu visible, vivant et surtout pratiqué par tout un chacun, le programmiste peut par exemple proposer au maître d’ouvrage de réaliser des ateliers pour travailler en lien avec des usagers potentiels. Assurément, « nous poser des questions, c’est déjà accompagner le changement ! »

C.C.