Florès ...
Géographie de l’école

Il y a quelques jours retentissaient les cloches de la rentrée scolaire, et avec elles le retour à l’école de nos enfants. Sans surprise, cette nouvelle rentrée relance les sujets de débat autour des distanciations et de la circulation des élèves au sein des établissements.

Sans nous attarder spécifiquement sur les préconisations actuelles, d’autant plus qu’elles sont sans doute amenées à évoluer encore, c’est l’occasion de nous interroger plus largement sur la géographie de l’école, et en particulier sur ses limites.

Les quatre modèles de l’école

Dans ce sens, Pascal Clerc propose quatre modèles de définition des établissements. Ils affirment tous l’école comme un lieu singulier, sorte de transition entre la sphère publique et la sphère privée. Ce qui les distingue, c’est davantage la manière d’assurer cette transition, entre ouverture et fermeture.

 Le monastère

L’établissement est conçu comme une communauté éducative séparée du monde. L’objectif est de couper l’école de son environnement en le rendant invisible, puisqu’il est perçu comme un élément perturbateur.

Nous pouvons tous reconnaitre les écoles dictées par le règlement de 1880, présentant des fenêtres en hauteur, et souvent constituées d’une cour de façade (représentation publique) et d’une cours intérieure fermée (vie des élèves). À l’époque, ces impératifs se veulent aller à l’encontre des déterminismes. Le dehors et le dedans sont clairement identifiés, et le franchissement du seuil est à la fois physique et symbolique.

L’agora

Se plaçant en contrepied du monastère, ce modèle représente une ouverture sur le monde par l’encouragement des circulations. Il est question de se déplacer librement quelque soit son statut, une posture qui fait aujourd’hui écho au campus des États-Unis.

C’est souvent l’absence de matérialité de la limite qui favorise une spatialité basée sur la circulation. L’apprentissage passe par une exposition à l’altérité et rompt avec la logique d’apprentissage à l’école pour une réussite à l’école (sous-entendu uniquement).

La forteresse

Ce modèle intègre la protection de la communauté scolaire des dangers extérieurs. La limite devient frontière, et représente la volonté d’interdire ou de contrôler.

L’enceinte opaque n’a plus lieu d’être car la visibilité n’est pas un problème, mais la limite devient plus hermétique et filtrante, avec un ou deux points de passage contrôlés. Ainsi, et depuis les années 2000, nous voyons émerger la mise en place de portiques, des propositions de reconnaissances faciales, de détecteurs de métaux, suscitant des questions relatives à la protection des données.

Le nœud d’échange Internet

Aujourd’hui, ce modèle bouscule l’espace physique de l’école. Si les savoirs se construisent encore en partie dans un contexte scolaire, les informations qui permettent de les construire sont plus que jamais mobiles. On ne saurait pas réellement dire aujourd’hui ce qui est au dehors ou en dedans de l’école. Le développement du numérique confronte des espaces identifiés et physiquement limités à une technologie réticulaire fondée sur la circulation.

À l’évidence, le patrimoine scolaire français est constitué d’entités à la croisée des ces grandes familles de définition. Si certaines présentent des dominantes majeures et identifiables, beaucoup sont des combinaisons complexes de ces modèles.

Et l’école de demain ?

Nous percevons aujourd’hui une vraie dynamique autour des évolutions de conception des espaces scolaires : polyvalence des espaces, flexibilité des usages, intégration des nouvelles technologies, ouverture sur l’extérieur. Malgré la résistance des instances, les choses bougent et des exemples de nouvelles réalisations innovantes émergent, dépassant le statut de propositions alternatives.

Il n’est cependant pas question de nier l’existence d’un patrimoine bâti conséquent. Reste donc, et surtout, à se poser la question du devenir de nos écoles « actuelles ». En tant que programmistes, il est de notre ressort de nous interroger sur les potentialités de ces espaces.

Comment adapter les concepts du futur à ces bâtis anciens ? Doit-on faire table rase à chaque nouveau projet ? Comment les limites existantes peuvent-elles être adaptées, remodelées et participer à une conception innovante ? « Faire avec » sera un enjeu de taille, entre la projection d’un modèle d’enseignement idéal et la réalité construite de nos espaces scolaires.

C.P.

Pour aller plus loin :

Sources :