Florès ...
Bains-douches : imaginons un programme plus inclusif !

Les bains-douches, établissements publics comportant des douches gratuites et ouvertes à tous, sont un lieu d’hospitalité envers les plus démunis, aujourd’hui en voie de disparition (il n’en reste plus qu’un à Lyon). Ce constat amène à s’interroger sur l’accès inconditionnel à l’eau et à l’hygiène pour tous.

Notre regard de programmiste sur les bains-douches permet-il d’envisager une nouvelle place pour ce lieu dans la ville ?

Les bains publics à travers l’histoire, caractérisés par une diversification des fonctions

Dès l’antiquité, la pratique de l’hygiène est associée à d’autres types d’usages : les bains publics occupent alors une place prépondérante dans la vie quotidienne des cités romaines et les thermes comprennent également des usages liés au soin du corps (massages et épilation) et aux loisirs (salles de sport, jardins, restaurants, bibliothèques, théâtre…).

Bien plus tard, au Moyen-Âge, les bains réapparaissent avec les étuves, des baignoires en bois cerclées de fer. Elles sont d’abord réservées à la noblesse, et amènent d’autres activités liées à la santé, à la beauté ou au loisir, comme la pose de ventouses, la saignée (service proposé par le barbier-étuveur-chirurgien), ou les repas pris dans le bain.

Finalement, c’est le mouvement hygiéniste à partir du XIXe siècle qui conduit à la construction des bains-douches tels qu’on les connait aujourd’hui, souhaitant étendre la pratique de l’hygiène aux classes sociales les plus modestes.

Les architectes définissent alors des typologies sur une démarche fonctionnaliste : un vestibule d’entrée, plusieurs salles avec des cabines individuelles de tailles standards, des espaces pour la machinerie, des matériaux salubres… À cette époque, les bains-douches sont souvent associés à une piscine, et comprennent parfois un lavoir.

Les bains-douches aujourd’hui : un usage limité à l’hygiène ?

Aujourd’hui, la fonction principale des bains-douches est l’hygiène, l’architecture fonctionnelle se tournant uniquement vers la mise à disposition de douches.

Cependant, le public tend à s’uniformiser vers un profil d’usager en situation très précaire[1]. Le rôle des agents dépasse alors l’entretien et la gestion des locaux, pour aller vers une dimension plus humaine et relationnelle. On peut supposer que la mono-fonctionnalité du lieu et la précarisation des usagers sont à l’origine de l’image dégradante dont souffrent les bains-douches aujourd’hui.

Repenser le programme architectural des bains-douches

Les programmistes pourraient se saisir de cette problématique, à l’échelle urbaine et à l’échelle du bâtiment, pour limiter la stigmatisation des usagers des bains-douches et diversifier le public.

Voici quelques pistes :

  • Associer les douches à d’autres fonctions autour de l’hygiène pourrait garantir une chaine de l’hygiène et du soin plus complète. Les usagers demandent d’ores et déjà de généraliser l’accès à une machine à laver et du savon.
  • Adosser les bains douches à des programmes d’équipements sportifs permettrait de mutualiser et d’optimiser l’investissement et l’impact social ou de santé publique. Cette proposition demande une réflexion sur les circuits d’accès et l’insertion urbaine.
  • Apporter une assistance sociale supplémentaire aux usagers en associant les bains-douches avec des locaux ou des permanences d’associations à vocation d’information, d’insertion ou de soutien.
  • Redonner une image positive aux bains-douches en diversifiant son programme vers le bien-être, en s’inspirant des spas et du thermalisme.

De nombreuses pistes restent encore à approfondir. Néanmoins le programmiste peut d’ores et déjà proposer à des maîtres d’ouvrage d’associer ce type de fonctions injustement oubliées à certains équipements .

L.N.


[1] Une étude de Claire Levy-Vroelant permet de comprendre de manière statistique le profil des usagers, et des travaux artistiques y apportent un regard plus sensible ; la photographe Florence Levillain (portraits photographiques) et le collectif LALCA (récits de vie).