Florès ...
Espace public et communautaire sous le prisme du genre

Dans l’espace public et au sein des institutions publiques, le vécu n’est pas le même pour tou.te.s. Par exemple, une femme blanche hétérosexuelle n’appréhendera pas l’espace public ou les institutions de la même manière qu’un homme homosexuel racisé. Les polémiques autour du harcèlement de rue démontrent par exemple les difficultés que peuvent rencontrer une femme lors d’un simple déplacement. Il est donc important d’étudier ces différents vécus pour concevoir des espaces publics et communautaires plus agréables à vivre.

Cet article se base sur une étude-action réalisée en 2013 sur les discriminations multi-factorielles envers les femmes dans trois quartiers prioritaires lyonnais, avec Elise Vinet comme responsable scientifique.

La fréquentation des offres socio-éducatives et de loisir : une utilité de la non-mixité ?

L’étude se penche en premier lieu sur la participation des femmes aux différentes offres socio-éducatives et de loisir. Les diverses activités proposées par les centres sociaux sont très fréquentées par les femmes, et par des mères. Elles sont un moyen d’émancipation sociale, notamment par l’apprentissage de la langue française, des formations au calcul, ou encore l’apprentissage de compétences telles que le vélo.

Ensuite, des effets positifs de la non-mixité genrée dans ces activités ont été observés, ce qui va à l’encontre de la mentalité des employé.e.s de ces centres. En effet, elle rend les parents plus susceptibles d’accepter que leurs filles participent à ses activités, et elle permet aux femmes adultes de sortir de leur rôle de mères. Ainsi, même si la mixité reste bien accueillie pour les sorties scolaires par exemple, il serait plus pertinent de la voir comme un outil à employer certaines fois plutôt que comme un objectif à atteindre absolument.

Il faudrait également encourager la participation des habitant.e.s dans le choix et l’organisation des activités, pour créer une offre qui corresponde à leurs contraintes professionnelles ou familiales, et leur donne une certaine confiance.

Dans l’espace public : un statisme masculin et un transit féminin

L’étude décrit le rapport des individus à l’espace public en fonction de leur genre, et leur manière de se déplacer dans celui-ci. Il en ressort que l’on observe un statisme masculin et un transit féminin : ce sont majoritairement les hommes qui occupent l’espace public.

Le stationnement

Les femmes qui stationnent dans l’espace public sont des retraitées qui profitent des bancs des squares, et des mères qui occupent des lieux liés aux loisirs ou à l’éducation de leurs enfants.

Les hommes quant à eux ont tendance à stationner et à se rassembler en petits groupes dans des espaces multifonctionnels très variés, d’où ils peuvent voir les passant.e.s. Alors que les hommes peuvent être présents dans les espaces utilisés par des femmes, ces dernières ne viennent pas, ou peu, dans ceux typiquement occupés par des hommes.

Contrairement aux hommes, elles sont très peu présentes dans la rue la nuit. Celles interrogées sur le sujet indiquent qu’elles se sentent mal à l’aise, et moins en sécurité, lorsqu’elles restent immobiles seules dans la rue. Dans les quartiers étudiés, de nombreuses femmes ne sortent pas la nuit par peur qu’on leur « colle une réputation », ce qui n’est pas une préoccupation pour les hommes.

Lorsqu’une femme passe devant un groupe d’hommes stationnant dans l’espace public, il arrive régulièrement qu’ils lui adressent des remarques ou des regards insistants. Cela n’arrive pas lorsque la femme est connue de ces derniers, par exemple si elle est de la famille d’un ami, ou qu’ils savent qu’elle habite dans le même quartier qu’eux.

Rendre l’ espace public plus réconfortant

Pour rendre l’espace plus réconfortant pour les femmes, des pistes proposées sont la féminisation de certains noms de rues, l’implication des habitantes dans les évènements culturels urbains, mais aussi la transformation des espaces publics occupés en majorité par les femmes, pour créer un meilleur sentiment de légitimité.

Il faut travailler sur le sentiment de vulnérabilité en renforçant la confiance en soi et l’auto-émancipation des femmes, par exemple avec des cours de self défense, et diminuer cette pression de la sexualisation, soit en effaçant les publicités sexistes de l’espace, soit en les contrebalançant par des messages positifs.

De leur côté, les hommes ont des problèmes de réputation seulement vis-à-vis des acteur.ice.s de la ville et des étranger.ère.s au quartier. Particulièrement, leur occupation des espaces semi-privés, comme les coursives d’immeubles, est mal vue par la ville, mais le fait de n’avoir le choix qu’entre l’espace du domicile typé féminin et l’espace public typé masculin pour se rencontrer renforce encore plus le clivage hommes-femmes. Il est alors suggéré d’aménager des zones de frontage en pied d’immeuble pour flouter la frontière public-privé.

Les courants actuels de renouvellement urbain et de réforme de l’offre socio-éducative des quartiers défavorisés offrent des occasions propices de mettre en œuvre toutes les pistes d’actions proposées.

A.D.