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Repenser les espaces au rythme des temporalités : la programmation sous l’angle de la chronotopie

Repenser les espaces au rythme des temporalités : la programmation sous l’angle de la chronotopie

Penser un bâtiment, c’est aussi penser sa temporalité. Entre flexibilité et intensité d’usage, la chronotopie propose un autre regard sur la façon de concevoir les lieux. En tant que programmistes, nous explorons comment cette approche permet d’imaginer des bâtiments comme des supports d’usages évolutifs, capables de concilier les besoins avec les multiples temps du quotidien.

La chronotopie, c’est quoi ?

La chronotopie, c’est un concept théorique qui croise le temps (chronos) et l’espace (topos) pour interroger la manière dont les lieux sont utilisés. Cela amène à la croisée des 2 notions la donnée de l’occupation des espaces.

Elle invite à dépasser une vision figée et monofonctionnelle d’un espace, pour l’envisager comme un support dynamique, capable d’accueillir des usages flexibles et variés selon les temporalités. En tant que programmiste, notre rôle de traducteur des besoins en espaces nous amène à questionner directement ces paramètres, afin de viser une sobriété foncière, en limitant les m² construits et les coûts associés d’une part, mais aussi afin de proposer une intensification des usages dans les locaux ciblés.

Des exemples concrets à différentes échelles

Ce concept peut s’appliquer concrètement dans nos études sur différentes échelles de temps et d’espaces. Par exemple :

Dans un bâtiment tertiaire 

  • À l’échelle du service où, avec le développement du télétravail, les agents n’ont plus forcément besoin d’un poste attitré, mais d’un bureau disponible lorsqu’ils sont dans les locaux, ce qui peut donc amener à privilégier le flex-office
  • À l’échelle d’un étage ou d’un bâtiment, dans lequel les différents services peuvent mutualiser les locaux communs, comme les salles de réunion et salles de pause, plutôt que de les démultiplier ;
  • Certains plateaux ou autres locaux peuvent être gérés indépendamment pour permettre des usages hors temps de bureaux, comme du coworking, des cours du soir ou événements, voire même de l’hébergement.

Mutualiser, c’est non seulement réduire les mètres carrés nécessaires, mais aussi intensifier l’usage de l’espace en limitant les temps morts.

Dans des établissements scolaires :

  • On observe de plus en plus des dynamiques d’ouverture sur le quartier pour les établissements tels que les groupes scolaires et collèges. Au lieu de restreindre l’usage de la salle polyvalente, du gymnase ou encore du CDI, ces espaces peuvent être mis à disposition des associations locales, accueillir des formations, sous réserve que les accès soient gérés de manière à ce que ces espaces puissent être utilisés indépendamment du reste de l’établissement.
  • A l’heure de la végétalisation des cours de récréation, ces dernières deviennent même parfois un îlot de fraicheur accessible aux habitants durant la saison estivale.

Cela permet de prolonger la vie du bâtiment au-delà des temps scolaires, et de faire bénéficier de ces espaces disponibles à d’autres publics.

Dans des espaces au fonctionnement saisonnier :

  • Le fonctionnement estival ou hivernal de certaines activités de loisirs notamment peut également amener à s’interroger sur une polyvalence de l’espace sur le reste de l’année.
  • Questionner la densité d’usage dans le temps amène donc à ouvrir les possibles sur d’autres activités compatibles !

Cette approche permet donc d’optimiser les m² en intensifiant les usages, et donc indirectement de limiter les m² construits, les coûts et même parfois créer du lien social en favorisant la rencontre de différents publics.

Aborder la restructuration d’un lieu par une approche chronotopique est donc largement faisable et même souhaitable, mais cela ne s’improvise pas !

Programmiste-chronotopiste, ça donne quoi ?

C’est là que nous intervenons en tant que programmistes ! Afin de passer du concept théorique à la réalisation concrète, la faisabilité de nombreux paramètres sont à évaluer et à prendre en compte en amont.  Nous pouvons donc mobiliser nos compétences pour :

  • Réaliser un diagnostic des taux d’occupation et des besoins communs sur des temps variés. Ce, à partir d’entretiens de concertation, permettant de projeter une mutualisation tout en anticipant les potentiels conflits d’usages.
  • Analyser les potentiels d’intensification d’usage des différents locaux selon des axes amenés par la MOA.
  • Etudier la faisabilité du projet en prenant en compte en particulier la séparation des flux et sécurisation des accès. Mais aussi, en anticipant toutes autres contraintes opérationnelles et/ou techniques.

En effet, les espaces mis à disposition d’autres publics doivent garantir une possibilité de fonctionnement totalement indépendant du reste de l’établissement. Une réflexion globale sur la gestion du lieu et sur le contrôle d’accès est également indispensable pour la viabilité du projet. Ce sont des éléments à intégrer dès le programme !

Cette approche peut également se décliner sur le temps du chantier. Là se pose la question du phasage, pour permettre l’utilisation temporaire de certaines parties des bâtiments tout en limitant les conditions de fonctionnement « dégradées » pour les usagers.  Ainsi une réflexion sur l’occupation temporaire et l’optimisation des travaux en site occupé amène à réfléchir selon une temporalité différente venant s’insérer dans ce temps long du projet, ce qui nécessite une coordination et un phasage précis.

C’est aussi, sur un temps plus long, imaginer la réversibilité du bâtiment, et sa transformation pour un tout autre usage. Ce qui, là aussi, est à anticiper ! On vous en parlait d’ailleurs dans un article précédent.

Vers un urbanisme circulaire

La chronotopie nous invite donc à dépasser la logique du « un local pour une fonction » et est au cœur de notre pratique de la programmation chez Florès. Elle ouvre la voie à une architecture évolutive, où les espaces se transforment au fil de la journée, de la semaine ou encore des saisons.

Intensifier les usages avant de construire, c’est aussi la première boucle du concept de l’urbanisme circulaire. Elle permet de préserver les ressources, de limiter l’imperméabilisation des sols et de lutter contre l’étalement urbain. Elle contribue également à ré-enchanter les bâtiments en les rendant actifs à toute heure et en favorisant la mixité des publics.

Cette approche chronotopique, bien rodée chez Florès et toujours challengée par des enjeux spécifiques à chaque étude, nous permet donc de contribuer à notre échelle à la conception d’une ville plus durable 😊

R.P.