Florès ...
Architecture & Covid-19 : la fin des villes ?

Avec le Covid-19, nombre d’articles se prononcent sur le devenir de nos villes : allons-nous voir une augmentation des néo-ruraux ? Est-ce la fin des villes ? Doit-on revoir notre manière de vivre ? Le télétravail sera-t-il une généralité constante ? 

Entre préjugés et constats hâtifs, posons-nous ensemble les bonnes questions :

1) Les transports (avion, train, etc.) qu’offrent les grandes villes favorisent-ils la propagation des virus ?

Oui et non. Comme nous, Covid-19 aime se trouver un trajet en low-cost et voir du paysage ! Il ne va quand même pas se rendre à pied d’une capitale à une autre ! Alors ? La faute aux villes ou au développement des transports et à l’augmentation des échanges mondiaux ?

Dans un article paru dans Les Echos, Marco Cremaschi, directeur du cycle d’urbanisme à Sciences Po, et Jérémie Brun, nous rappellent que le virus est apparu en France dans un premier temps dans des petites villes ou des petites communes comme Crépy-en-Valois ou Auray, et non pas à Paris.

2) La densité des villes entraîne la propagation des virus ?

Non. Depuis que le mouvement hygiéniste est passé par là, on a aéré les centres-villes avec de larges boulevards, on a créé les égouts, apporté l’eau courante… Les villes sont construites ou re-construites pour être propres !

La densité détermine le nombre de personnes par rapport à un nombre de m² mais ce n’est pas elle qui définit le degré de propreté et de sociabilité de ces mêmes personnes !

À la campagne, vous pouvez être celui qui, sans s’être lavé les mains, prête sa tondeuse à gazon à une dizaine de voisins, ou celui qui vit en ville, reclus dans son appartement à enchaîner les apéros-visio ! Si d’importantes villes ont vu leur nombre de contaminés augmenter, d’autres, comme Singapour, ont rapidement stoppé l’épidémie avec des mesures strictes.

3) Oui mais on vit mieux à la campagne qu’en ville ! … ?

La proximité des services de santé qu’offre une ville joue un rôle important pour freiner la propagation.

De plus, le distinguo ville / campagne est-il encore pertinent ? Et de quelle campagne parlons-nous ? Entre les villes qui ont transformé les campagnes proches en périurbain de lotissements, et la dépendance à la voiture parce que le centre du village a été remplacé par le supermarché le plus proche… Quelle est la part de « qualité de vie » que l’on choisit ou que l’on subit ?

4) Après cette catastrophe, il faudra bien revoir nos modes de vie ?

Je l’espère … ! Mais le télétravail sera-t-il vraiment la solution à tous nos maux ?

Pour commencer, quelle est la part de la population active à pouvoir se contenter d’un ordinateur pour travailler ? Puis, quelle est la catégorie socio-professionnelle amenée à faire de longues distances polluantes pour se rendre au travail ? Quelle est la part de la population active qui fait le choix de la voiture sous-occupée à des heures où la circulation est moins fluide (augmentant ainsi la pollution) ?

Et enfin, la propagation du virus sur son lieu de travail vient-elle du mode de transport que l’on utilise, de la promiscuité en openspace entre les collaborateurs, ou du clavier partagé en flex office ? 

Qui peut prédire quelles seront les conséquences de ce drame sur nos modes de vie ? Peut-on conclure à la fin des villes ?

C’est pourtant là un enjeu majeur pour nous, architectes, urbanistes, maîtres d’ouvrage, et plus encore pour nous programmiste ! Car pour rappel : « Programme » vient du grec « programma » et signifie étymologiquement « ce qui est écrit à l’avance ».

C.C.

Sources