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Tiers-lieux et équipements publics font-ils bon ménage ?

tiers lieu

Les équipements publics de demain ne seront pas à l’image de ceux que nous connaissons aujourd’hui. Après la sur-spécialisation des équipements, le tiers-lieu fait son apparition ! Et si c’était par là que commençait leur renouvellement ?

Redynamiser et réinventer les équipements publics est parfois un vrai casse-tête ! Créer des espaces de partage, d’expérience commune, favoriser le lien social, promouvoir la culture, intégrer le numérique dans les usages quotidiens et pourquoi pas répondre aux besoins des générations à venir, sont autant de défis à relever.

Le tiers lieu, un concept qui renaît

Une définition simple avant tout : le tiers lieu est un environnement qui prolonge la maison dans la sphère publique, cadre public informel, pour créer une communauté vivante et favoriser la communion naturelle et le sentiment d’appartenance. On trouve des formes très diverses : espaces de coworking, Living Labs (environnements d’innovation ouverts, où les utilisateurs participent à la co-production de produits et de services), ou encore Fab Labs (plateformes ouvertes de prototypage rapide).
Ce phénomène des tiers lieux influence de nombreux responsables de lieux de savoir. Ils y voient l’occasion de réinterroger leurs méthodes de médiation avec les visiteurs, ou de repenser leur modèle de gestion et de mise en valeur des collections. Ainsi, des musées, des centres de culture scientifique et technique, ou encore des universités expérimentent des démarches de tiers lieux.

Des bibliothèques en tiers lieux : nos lieux culturels de demain

Le développement des tiers lieux est un atout important pour les bibliothèques, qui utilisent ce concept pour développer de nouvelles potentialités ! Attirer de nouveaux publics, expérimenter des dispositifs innovants, intégrer le numérique, développer les fonctions culturelles sociales et économiques de la bibliothèque, sont les principaux enjeux. Faire croître une connaissance vivante et vécue, organiser les conditions d’épanouissement de l’intelligence collective, faire des lieux ouverts à tous sont également de nouvelles exigences identifiées.
La médiathèque de Lezoux (63) a créé un espace social imbriqué dans son territoire. À l’aide d’un projet créé avec les habitants, et d’un projet test éphémère, de nombreux espaces ont été conçus : espaces pour jeunes, adultes et enfants, café-philo, ateliers de création (vidéo, cuisine, reliure) auditorium (conférences, visionnages..), Fab Lab. Le bâtiment en lui-même joue également un rôle important dans ces nouvelles fonctionnalités : en recréant un lien étroit avec la nature (terrasse, rôle de vitrine urbaine…), de grands plateaux permettent une modularité entre les espaces en fonction des besoins.
La bibliothèque Le Prado à Madrid a intégré au sein de son bâtiment un Medialab, un lieu pour inventer les médias de demain. L’enjeu était de créer un centre de recherche, de production et diffusion active, de faire un laboratoire citoyen de connaissances en y impliquant de manière forte les habitants pendant la réalisation du projet. Les problématiques de création d’une bibliothèque intégrant le numérique ont été étudiées avec précision. Ainsi de nombreux laboratoires ouverts à tous ont été mis en place : le PrototiLab (prototypage créatif), ParticipaLab (intelligence collective pour la participation démocratique), InciLab (innovation citoyenne). Pour cela les espaces ont été repensés, avec des grands plateaux, des espaces multiples ; de la salle d’exposition interactive au café des savoirs, en passant par l’espace de sieste/détente.

Culture et travail : un nouveau mix !

Des bibliothèques qui créent leur espace de coworking, voilà une autre illustration du développement des tiers lieux. À Auterive, cela a été un argument essentiel auprès des politiques pour rénover la médiathèque : créer un lieu à vocation sociale et économique, l’ancrer dans les réalités locales auprès notamment des autoentrepreneurs, des formateurs. Des opens spaces, bureaux fermés, salles de réunions ont été insérés dans le projet.
Un risque apparaît face à la transformation des bibliothèques en tiers lieux : l’émergence d’espaces génériques, de Labs indifférenciés et caractérisés par des espaces hyper-relationnels, où le livre n’occuperait alors qu’une place marginale. Il semble important d’interroger la tendance actuelle des bibliothèques à sur-stimuler les contacts, les collaborations et les échanges continus d’informations. L’épanouissement de la recherche ne nécessite-t-elle pas également des lieux de retraite, et « des refuges pour les créateurs scientifiques, techniques, esthétiques » ? Les bibliothèques ne seraient-elles que des abris protecteurs pour la recherche ? Ou, plus généralement, n’est-on pas à la veille de tiers lieux présentant des espaces calmes, déconnectés et low tech dans lesquels les livres trouveraient un écosystème favorable ?
Quel rôle, nous professionnels pouvons-nous jouer dans ce vaste débat autour des nouveaux équipements publics ? Susciter l’imagination du maître d’ouvrage en lui exposant ce qui se fait en France et à l’international, faire travailler la population dans l’élaboration du projet, être à l’écoute des besoins … proposer surtout. Expliquer que des petits changements peuvent bouleverser les usages et la vie d’un lieu. Très peu de choses transforment un hall vide et froid en espace vivant et chaleureux, mais il faut y penser avant la première pierre : presque tout se joue au stade du programme.
B.F.

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