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Les unités Alzheimer : quelles particularités architecturales?

Le vieillissement de la population entraîne l’augmentation du nombre de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Les symptômes de cette maladie dégénérative (altération de la mémoire, perturbations et défaillances cognitives) nécessitent une prise en charge adaptée.

Mais comment l’aménagement du bâtiment peut-il faciliter cette prise en charge ? Quelles spécificités intégrer dans le programme des unités spécialisées Alzheimer ?

Tout d’abord il s’agit d’aider à l’appropriation des lieux…

Ces unités de vie spécialisées, aussi appelées CANTOUs, doivent intégrer une « bienveillance architecturale » qui permet de faciliter à la fois la vie quotidienne des résidents et le travail des soignants. Cette bienveillance ne remplace pas un bon projet d’établissement, mais permet de le soutenir. Trois publics sont à considérer dans la conception des CANTOUs : les résidents, les familles et visiteurs, et les soignants.

Ces lieux de vie ne s’apparentent pas à un hôpital ou à une institution. Pour une personne âgée, tout changement de contexte est un facteur de désorientation, c’est pourquoi ces lieux cherchent à être un « comme à la maison ». Dans cette logique, les locaux doivent bénéficier d’équipements domestiques simples : robinet traditionnel plutôt que mitigeur, radiateur classique… Les chambres doivent pouvoir accueillir le mobilier du résident pour une personnalisation facilitant l’appropriation des lieux.

Les ambiances et la configuration des lieux doivent favoriser la marche mais prévenir le risque de fuite

Les personnes âgées développent des difficultés pour marcher, particulièrement sur les sols irréguliers. Le sol ne doit comporter aucun seuil, y compris pour les accès vers l’extérieur.

Un travail particulier doit être fait sur les issues du CANTOU : elles ne doivent pas être visibles directement depuis les lieux de vie. En effet, la sécurité des résidents implique un contrôle d’accès permanent qui ne doit cependant pas être perçu comme un enfermement.

L’éclairage naturel comme artificiel doit être traité avec attention : les malades Alzheimer sont attirés par la lumière et à l’inverse craignent les ombres. Des zones de transitions entre les espaces fortement éclairés et sombres doivent donc être prévues, et les passages striés d’ombre évités car désorientants et stressants. Cette crainte pour les locaux sombres peut être utile pour différentier les lieux destinés aux résidents et ceux du personnel : une zone sombre devant une porte d’un local personnel diminuera la tentation des résidents d’aller vers cette porte, alors qu’une zone bien éclairée augmentera l’envie d’y aller.

L’éclairage artificiel doit prendre en compte la baisse d’acuité visuelle par une augmentation du niveau d’éclairement. Les zones d’ombres et l’éblouissement sont à éviter par un éclairage diffus, des sources lumineuses multiples et des surfaces mates plutôt que réfléchissantes.

Les unités Alzheimer doivent permettre le repérage…

L’utilisation de la couleur est importante pour donner un caractère au lieu, participer à la signalétique comme point de repère, et faciliter la lecture de l’espace. Les couleurs chaudes, saturées et lumineuses sont mieux vues. Les couleurs chaudes encourageant les mouvements et les activités sont préférées dans les lieux de vie, alors que les couleurs froides apaisantes sont privilégiées dans les espaces de soins et de repos.
La différence de couleur entre le mur et la porte permet de faire ressortir la porte : une porte (et sa poignée) de la même couleur que le mur fait disparaître la porte du champ de perception des résidents. Pour lui elle n’existe donc pas.

Le repérage spatial passe par l’utilisation de thèmes décoratifs suivant les lieux, de préférence liés aux souvenirs. Une réflexion sur les formes des espaces permet aussi d’améliorer le repérage, avec par exemple des lieux arrondis pour les espaces partagés, et plus carrés pour les espaces individuels. Le rapport à l’extérieur permet également de faciliter l’orientation : des espaces très lumineux avec des baies toute hauteur peuvent être associés aux lieux de vie, et des fenêtres plus classiques aux lieux de repos.

Le repérage temporel nécessite l’installation d’une pendule, d’un calendrier, des menus de la semaine… La plantation d’espèces caduques dans les jardins favorise le repérage temporel dans la mesure où les plantes évoluent au rythme des saisons.

Le bien-être des résidents va bien au-delà de simples prescriptions techniques, il nécessite un véritable programme sensible qu’il convient d’objectiver pour une parfaite prise en compte des spécificités Alzheimer tout au long du processus de conception et de réalisation des EHPADs.

C.D.

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